Le problème du manque de sommeil dans le secteur vétérinaire

Publié 13 Novembre 2020

Les vétérinaires peuvent être fatigués après une période de travail intensif, une garde à la clinique ou une longue journée sur le terrain, mais la profession reconnaît peu que cela présente un risque pour la santé.

On a peu étudié comment la fatigue causée par le manque de sommeil impacte négativement les vétérinaires, et il semble que la profession reconnaisse peu que ces conditions puissent présenter un danger en termes de prévention des risques professionnels.

La fatigue due au manque de sommeil survient lorsqu'une personne n'obtient pas les heures de sommeil appropriées pour son groupe d'âge. Les signes qu'il produit ne sont pas spécifiques, mais en même temps aussi difficiles à ignorer. La léthargie, l'irritabilité ou la difficulté à se concentrer sont parmi les signaux les plus courants. Ce manque de concentration, en plus d'une baisse des performances au travail, augmente le risque d'accidents dans l'environnement de travail.

RISQUES PROFESSIONELS

Une étude de l'organisation américaine National Safety Council (NSC), dont le travail est axé sur la sécurité au travail, a révélé que les travailleurs qui bénéficiaient de moins de cinq heures de sommeil étaient trois fois plus susceptibles d'être blessés au travail que les travailleurs qui se reposaient sept heures ou plus par jour.

Jenny Burke, directrice du NSC, a comparé le manque de sommeil à la consommation d'alcool : « La plupart d'entre nous ne prendrait pas trois bières juste avant prendre le volant pour rentrer chez nous, mais en fait, nous faisons la même chose lorsque nous nous privons de deux heures d'une nuit normale de sommeil ».

Burke et son équipe ont mené une enquête sur la reconnaissance des signes de fatigue avec plus de 500 employés des ressources humaines de différentes entreprises. Environ 50 % ont déclaré que des employés s'étaient endormis au travail, 57 % ont déclaré que des employés avaient manqué le travail parce qu'ils étaient fatigués et un tiers ont signalé des blessures et des accidents sur le lieu de travail. « Ce ne sont que les incidents que les employeurs constatent », prévient Burke, ajoutant que « la fatigue coûte à l'économie américaine 400 milliards de dollars par an ».

Le sommeil est si essentiel au bien-être physique et mental que les Centers for Disease Control and Prevention classifient l'insomnie et d'autres troubles du sommeil comme une épidémie de santé publique. Concernant ce problème, la spécialiste considère qu'il y a beaucoup de travail à faire, puisque « seuls 11% des vrais troubles du sommeil sont diagnostiqués et traités, et donc 89 % ont un trouble du sommeil et ne le savent pas ».

LA MÉDECINE HUMAINE, UN MIROIR DANS LEQUEL LES VÉTÉRINAIRES SE RÉFLÉCHISSENT

On sait peu de choses sur la fatigue et ses impacts au sein de la profession vétérinaire qui, ces dernières années, a concentré son attention sur l'amélioration de la santé mentale et du bien-être de ses membres. Pour cette raison, l'expérience des travailleurs de la médecine humaine dans ce domaine peut être instructive pour les vétérinaires.

Les professionnels de la santé humaine discutent des effets de la fatigue sur la performance des médecins et la prise de décision depuis plus de trois décennies. À la suite d'un incident de surmenage, l'État de New York a adopté une législation interdisant aux résidents de travailler plus de 80 heures par semaine ou plus de 24 heures consécutives.

Malheureusement, lorsque le virus COVID-19 s'est propagé dans tout le pays, la situation critique les a forcés à enfreindre les protocoles et à mener des journées difficiles. Face à cette situation, les Centers for Disease Control and Prevention ont averti que le surmenage et le manque de sommeil « peuvent mettre en danger la santé et la sécurité des travailleurs et augmenter leur vulnérabilité aux maladies infectieuses, aux piqûres d'aiguilles, aux problèmes musculaires liés au travail et à l'épuisement, en plus de faire des erreurs dans les soins aux patients ». 

De même, une autre entité qui travaille dans ce domaine, l'American Academy of Sleep Medicine, estime qu'« il existe un besoin critique d'évaluer les fonctions d'interruption de sommeil, de privation de sommeil et de désalignement circadien dans le bien-être et l'épuisement des médecins ». 

LES ÉQUIPES DE NUIT SONT LES PLUS SUSCEPTIBLES

Les soins intensifs, les gardes de nuit et les urgences sont un secteur de la médecine vétérinaire où les effets de la fatigue sont les plus prononcés. Bien qu'il s'agisse d'un poste bien rémunéré, « il existe une forte demande de vétérinaires et de techniciens vétérinaires pour occuper ces journées intensives, et les cliniques vétérinaires ont du mal à retenir les membres du personnel et à pourvoir ces postes », déclare Armelle de LaForcade, secrétaire exécutive de l'Académie américaine des urgences vétérinaires et des soins intensifs.

Les raisons de la pénurie varient et comprennent le stress lié au travail, la gestion des clients difficiles et un manque de développement professionnel dans les urgences vétérinaires. « Ensuite, à tout cela s'ajoute le fait de devoir travailler cinq nuits de suite. Il vous faut un jour et demi pour récupérer, mais d'ici là, vous êtes de retour au travail », explique LaForcade.

Les ajustements de personnel en médecine vétérinaire ne sont pas effectués en tenant compte des heures de repos nécessaires entre les heures de travail, ce qui augmente la probabilité de subir un accident de travail. Pour cette raison, il faut un modèle qui tienne compte de ces conditions et qui permette aux membres du personnel de se remettre du travail de nuit. « Je ne pense pas que les cliniques sachent quoi faire lorsqu'elles engagent des vétérinaires d'urgence, alors elles leur donnent ces horaires fous, comme les nuits du vendredi, du samedi et du dimanche soir », explique la spécialiste.

LE DEGRÉ DE FATIGUE EST PROPORTIONNEL À LA TAILLE DU PATIENT

Tout comme leurs collègues pratiquant la médecine des animaux de compagnie, les vétérinaires praticiens en grands animaux connaissent bien évidemment aussi ce type de fatigue. Les gardes, les heures sur la route, ainsi que la gestion de patients pesant des centaines de kilos peuvent facilement les épuiser. 

« La fatigue est aussi un problème très réel pour les praticiens équins, car l'appréciation de nos clients est souvent mesurée par notre disponibilité envers eux », déclare Cara Rosenbaum, vétérinaire équine dans l'Illinois. « Vous ne travaillez que de 8 heures à 17 heures, mais ensuite vous êtes au téléphone jusqu'à 8 heures du soir pour répondre aux questions des clients »", ajoute-t-elle.

Elle souligne qu'il existe une condition essentielle pour éviter de tomber dans le syndrome de fatigue et pouvoir se reposer correctement, établir des limites. « Il faut séparer la journée de travail avec les clients et ne pas être à leur entière disposition », conseille-t-elle.